Kinshasa, le 12 octobre 2026 – La sécurité des journalistes, leur responsabilité professionnelle et les garanties juridiques liées à l’exercice du métier sont au centre d’une table ronde nationale organisée ce lundi à Kinshasa par l’organisation Journalistes en Danger (JED), avec la participation des ministères de la Communication et Médias, de la Justice et Garde des Sceaux, ainsi que de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières.
Placée sous le thème « Sécurité et responsabilité des journalistes : enjeux de l’application harmonisée de l’ordonnance-loi n° 23/009 du 13 mars 2023 et du droit pénal congolais face aux défis de la désinformation et de la sécurité nationale », cette rencontre vise à favoriser un dialogue entre les professionnels des médias, les acteurs judiciaires et les responsables des services de sécurité autour des défis qui entourent aujourd’hui l’exercice du journalisme en République démocratique du Congo.
À travers cette initiative, JED entend contribuer à une meilleure compréhension des responsabilités de chaque acteur et à une application cohérente des textes qui encadrent la liberté de la presse, dans un contexte où les questions de sécurité nationale, de désinformation et de responsabilité éditoriale occupent une place importante dans le débat public.
Protéger les journalistes et clarifier les responsabilitésLe premier panel est consacré à la protection des journalistes et à l’application du droit pénal, avec un accent particulier sur les défis liés à la sécurité, à la justice et à la liberté de la presse.Les échanges portent notamment sur la situation générale de la sécurité des journalistes et la présentation du moratoire, ainsi que sur le rôle des services de sécurité dans la préservation de l’ordre public et la conciliation entre les impératifs de sécurité nationale et la liberté de la presse.
La responsabilité pénale des professionnels des médias et les réalités de la pratique judiciaire constituent également un axe majeur de cette première séquence. L’objectif est de mettre en discussion les difficultés auxquelles les journalistes peuvent être confrontés dans l’exercice de leur profession et les conditions nécessaires pour garantir le respect de leurs droits, sans éluder les obligations qui accompagnent le travail journalistique.
Ce panel réunit notamment des représentants de JED, du ministère de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières, ainsi que du parquet général près la Cour de cassation. Il est modéré par Willy Kalengayi.
L’ordonnance-loi du 13 mars 2023 au cœur des discussions
Le deuxième panel est consacré à la mise en œuvre de l’ordonnance-loi n° 23/009 du 13 mars 2023, portant réglementation de la presse, autorégulation et garanties juridiques de la liberté de la presse.Plusieurs aspects de ce texte sont inscrits au programme, notamment l’autorégulation professionnelle, le droit de réponse et le droit de rectification, considérés comme des mécanismes privilégiés de règlement des différends avant le recours aux poursuites judiciaires.
Les discussions abordent également la régulation des contenus médiatiques à l’ère du numérique, la responsabilité éditoriale et la protection des journalistes. Une attention particulière est accordée aux enjeux liés à l’application de cette ordonnance-loi face aux défis de la désinformation et aux exigences de la sécurité nationale.
Les garanties juridiques de la responsabilité professionnelle des journalistes, ainsi que les limites et les perspectives du droit pénal congolais dans ce domaine, figurent aussi parmi les questions à examiner.
La participation de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), du ministère de la Communication et Médias et du ministère d’État, Justice et Garde des Sceaux doit permettre de confronter les points de vue des différentes institutions concernées.
Cette approche interinstitutionnelle répond à un enjeu essentiel : faire en sorte que les textes régissant la presse soient compris et appliqués de manière cohérente, tout en préservant les garanties indispensables à l’exercice de la liberté d’informer.
Vers un mécanisme national d’alerte pour la sécurité des journalistes
Au-delà des discussions juridiques et institutionnelles, cette table ronde prévoit également la présentation du mécanisme national d’alerte pour la sécurité des journalistes, suivie de sa signature officielle par les parties prenantes.
Cette étape constitue l’un des temps forts annoncés de la rencontre. Elle s’inscrit dans la recherche de réponses concrètes aux risques auxquels les professionnels des médias peuvent être exposés dans l’exercice de leur métier.
La mise en place d’un tel mécanisme soulève une question fondamentale : comment améliorer l’alerte, la coordination et la réaction des acteurs concernés lorsqu’un journaliste est menacé ou confronté à une situation mettant en danger sa sécurité ?
La signature prévue doit ainsi marquer une étape dans l’engagement des parties prenantes en faveur de la sécurité des journalistes. Les modalités pratiques de fonctionnement du mécanisme et les engagements effectivement pris devront toutefois être appréciés à la lumière des conclusions de la rencontre et de sa mise en œuvre.
Un dialogue nécessaire pour la liberté de la presse
En réunissant les secteurs des médias, de la justice et de la sécurité, JED place le dialogue au cœur de sa démarche. La protection des journalistes ne concerne pas uniquement les professionnels de l’information : elle implique également les institutions chargées de faire respecter la loi, de garantir la sécurité publique et de veiller au respect des libertés fondamentales.
Dans un environnement marqué par les défis du numérique, la circulation rapide de fausses informations et les tensions possibles entre impératifs sécuritaires et liberté d’informer, la recherche d’un équilibre fondé sur le droit demeure essentielle.
Pour JED, l’enjeu est de contribuer à un cadre dans lequel les journalistes peuvent exercer leur métier en sécurité et avec responsabilité, tandis que les différends liés à leur travail sont traités dans le respect des textes en vigueur et des garanties juridiques de la liberté de la presse.
La rencontre est prévue pour se clôturer par la signature officielle du mécanisme national d’alerte et une clôture réunissant les organisateurs et les autorités participantes.




