RDC : des journalistes de La Guardia sous pression après une enquête sur les activités d’une société minière au Lualaba

RSF dénonce des tentatives d’intimidation, des propositions financières et des menaces judiciaires visant le média en ligne La Guardia, après une publication sur les conséquences sanitaires et environnementales présumées des activités de Luilu Ressources SAS.

En République démocratique du Congo, enquêter sur les activités des entreprises minières peut exposer les journalistes à des pressions qui dépassent parfois le cadre du débat contradictoire. Le média en ligne La Guardia, basé à Lubumbashi, dans le sud-est du pays, en fait actuellement l’expérience à la suite d’une publication consacrée aux préoccupations sanitaires et environnementales exprimées par des habitants du village de Noa, dans la province du Lualaba.

Dans une publication du 19 septembre 2026, La Guardia a relayé les alertes de deux associations locales concernant les conséquences présumées des activités de la société minière Luilu Ressources SAS sur la santé des populations et leur environnement. Selon la rédaction, l’entreprise avait été sollicitée avant la publication, mais n’avait pas répondu.

Cette enquête a été suivie d’une série de pressions visant les responsables et les journalistes du média, selon les témoignages recueillis par Reporters sans frontières (RSF).

Des propositions financières pour obtenir le retrait de l’article

D’après les informations rapportées par RSF, les premières pressions auraient commencé le 28 septembre 2026. Simplice Bambe, journaliste et auteur de l’article, explique qu’un intermédiaire, qui s’était initialement présenté comme journaliste, lui aurait proposé 2 500 dollars américains en échange du retrait de sa publication. Le journaliste affirme avoir refusé cette proposition.

La situation aurait pris une autre tournure le 6 octobre, lorsque cet intermédiaire se serait présenté dans les locaux de La Guardia à Lubumbashi, accompagné d’un avocat et de la responsable juridique de Luilu Ressources SAS.

Au cours de cette rencontre, la responsable juridique aurait averti les membres de la rédaction que, si l’article n’était pas retiré, ils allaient « en subir les conséquences ».

Le lendemain, un huissier aurait remis au média une mise en demeure de l’entreprise, exigeant le retrait de l’article et évoquant d’éventuelles poursuites judiciaires.

La rédaction affirme avoir proposé à plusieurs reprises la publication d’un droit de réponse afin de permettre à l’entreprise d’exprimer sa position. Cette possibilité aurait toutefois été rejetée dans un premier temps.

Les pressions auraient également pris une dimension financière supplémentaire. Selon RSF, une nouvelle offre de 5 000 dollars aurait été faite par téléphone à Denise Maheho, rédactrice en chef de La Guardia, en échange du retrait de l’article. Elle aurait, elle aussi, refusé.

Le 9 octobre, la responsable juridique de l’entreprise aurait de nouveau contacté Godlive Nyemba, directrice du média, par WhatsApp pour réitérer les menaces, selon les informations communiquées à RSF.

Une affaire qui dépasse le cadre de la rédaction

Les journalistes ne seraient pas les seuls concernés. Les pressions auraient également touché des acteurs de la société civile qui avaient manifesté leur solidarité avec La Guardia.

Le responsable d’une organisation ayant participé à une déclaration de soutien au média, signée par une cinquantaine d’organisations, a indiqué à RSF avoir été contacté par la même responsable juridique, qui lui aurait demandé de retirer son soutien.

Dans un communiqué conjoint publié en octobre 2026, des organisations de la société civile travaillant notamment sur les ressources naturelles ont également dénoncé des actes présumés d’intimidation, de menaces et de harcèlement judiciaire visant La Guardia, certains de ses journalistes ainsi que des membres de l’Association pour le développement durable de Luilu (ADDL).

Ces organisations ont appelé les autorités nationales et provinciales à prendre les mesures nécessaires pour garantir la sécurité des personnes concernées et protéger l’exercice des libertés fondamentales.

Luilu Ressources conteste les accusations

De son côté, Luilu Ressources SAS rejette les informations relayées par La Guardia, qu’elle qualifie de « contre-vérités ».

Dans un droit de réponse publié le 11 octobre 2026, l’entreprise affirme qu’« aucune maladie résultant de ses activités n’a été détectée à ce jour ». Elle indique poursuivre ses investigations et se réserve le droit de saisir la justice.

La société conteste également l’authenticité de la photographie accompagnant l’article, affirmant que celle-ci aurait été prise au Malawi. Le journaliste Simplice Bambe soutient, pour sa part, que le cliché a été réalisé à Kolwezi, le 26 août 2026.

Sollicitée par RSF pour réagir aux accusations de pressions, la responsable juridique de l’entreprise a déclaré : « Je ne communiquerai pas à ce sujet. »

Il convient ainsi de distinguer les préoccupations sanitaires et environnementales relayées par le média, qui nécessitent des vérifications indépendantes, des accusations d’intimidation rapportées par les journalistes et les organisations de la société civile.

RSF appelle les autorités congolaises à agir

Face à cette situation, Reporters sans frontières condamne les tentatives d’intimidation rapportées par La Guardia et appelle Luilu Ressources SAS à y mettre immédiatement fin. L’organisation demande également aux autorités congolaises d’enquêter sur ces faits et de garantir la sécurité des professionnels des médias.

Pour Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer du bureau Afrique subsaharienne de RSF, les menaces rapportées sont inacceptables. Elles risquent notamment de décourager les journalistes d’enquêter sur les conséquences des activités minières pour les populations locales.

Selon les journalistes de La Guardia, les menaces auraient depuis cessé. La rédaction affirme néanmoins rester vigilante face à d’éventuelles représailles.

Protéger le journalisme d’investigation et le droit à l’information

Cette affaire soulève une question fondamentale : jusqu’où les journalistes peuvent-ils aller dans la recherche et la publication d’informations d’intérêt public sans craindre des représailles ?

Dans un pays où le secteur minier occupe une place importante dans l’économie nationale, le travail des médias constitue un instrument essentiel de transparence et de redevabilité. Les populations doivent pouvoir être informées des conséquences éventuelles des activités extractives sur leur environnement, leur santé et leurs conditions de vie.

La contestation d’une publication ne saurait, à elle seule, justifier des menaces ou des pressions contre une rédaction. Les entreprises disposent de voies légales pour répondre aux informations qu’elles estiment inexactes, notamment à travers le droit de réponse et les procédures judiciaires régulières.

Pour Journalistes en Danger (JED), la protection des journalistes qui enquêtent sur des questions d’intérêt public demeure un enjeu majeur pour la liberté de la presse en RDC. Informer sur les activités économiques, les questions environnementales et leurs conséquences sur les communautés relève pleinement de la mission journalistique.

Garantir aux journalistes la possibilité d’exercer leur métier librement, sans intimidation ni menace, c’est aussi garantir aux citoyens leur droit fondamental à une information indépendante et pluraliste.

Source principale : Reporters sans frontières (RSF), 6 novembre 2026.

Les installations de traitement minier de Luilu Ressources SAS, photographiées depuis les airs au Lualaba.

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Des représentants de l’entreprise LUILU Resources SAS lors de la présentation de l’ouvrage hydraulique offert à la communauté locale.

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