La sécurité des journalistes et le problème de l’impunité des crimes contre les journalistes: La situation de la liberté de presse demeure précaire en RD Congo

Dans un rapport sur « la sécurité des journalistes et le problème de l’impunité pour des crimes commis contre des journalistes » réalisé, au mois de juin 2019, avec l’appui du Réseau Africain de la Liberté d’Expression (AFEX), Journaliste en danger (JED) constate une détente précaire dans le climat général de travail des journalistes en RD Congo.

Six mois après l’accession au pouvoir du nouveau Président de la République, M. Félix Antoine Tshisekedi, et en dépit de son engagement à « promouvoir la presse pour en faire véritablement un quatrième pouvoir », aucune mesure concrète sur le plan juridique ou sécuritaire n’a été prise par le nouveau pouvoir pour renforcer la liberté de la presse et la protection des journalistes.

Le Rapport de JED analyse schématiquement la situation de la liberté de la presse au cours de la période allant de 2017 à 2019. En effet, les années 2017 et 2018 n’ont pas connu des progrès significatifs en matière de la sécurisation physique, judiciaire et légale des journalistes dans l’exercice de leur profession. Le nombre des journalistes attaqués et des médias réduits au silence était resté toujours élevé. La liberté d’expression en ligne n’était pas épargnée. La volonté d’étouffer les médias en ligne et de restreindre les espaces de liberté et d’expression était très manifeste en RDC, surtout pendant la période de tension électorale.

Ce tableau sombre justifie la mauvaise place de la RDC au classement mondial établi par Reporters Sans Frontières où la RDC y occupe la 154ième place sur 180 pays, soit son rang le plus bas.

Depuis la publication, le 2 novembre 2018, de son Rapport annuel sur l’état de la liberté de la presse et d’expression en RDC, JED a déjà recensé une quarantaine de cas d’attaques ou d’atteintes à la liberté de la presse, dont près de la moitié des cas enregistrés après la prise de pouvoir par le nouveau Président.

Quatre ans après le dernier Examen périodique universel (EPU) devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies réuni en 2015, la RDC n’a toujours pas mis en application les recommandations relatives à la liberté de la presse qu’elle avait pourtant acceptées. Aucune “mesure appropriée” n’a été prise pour “protéger les journalistes” par exemple.

« Jusqu’aujourd’hui en fait, la RDC s’appuie encore sur un texte de loi adopté en 1996, sous la dictature du Maréchal Mobutu, texte prévoyant, en référence au Code pénal, des peines de prison et de fortes amendes pour la diffamation ou l’outrage aux autorités. Ce texte de loi menace et limite ainsi la liberté d’expression et son corollaire la liberté de la presse, d’une part, et donne aux détenteurs des pouvoirs publics et privés, une marge de manœuvre suffisante pour attaquer les journalistes, d’autre part », peut-on lire dans ce Rapport de JED.

Pour JED, malgré les multiples appels lancés à l’Etat congolais aucune mesure concrète n’a été prise par les autorités du pays en faveur de la liberté de la presse en général, et de la sécurité des journalistes en particulier. Et c’est cette culture d’impunité qui encourage les actes de violence contre les journalistes.

Dans ce Rapport, JED a formulé plusieurs recommandations, notamment, au Gouvernement de la République pour appuyer une dynamique générale et collective de changement nécessaire à la promotion de la liberté de la presse en général, et de la sécurité des journalistes. Il s’agit à titre indicatif de :

  • Réformer le cadre légal répressif sans délai en consacrant la dépénalisation des délits de presse afin que les journalistes puissent exercer sereinement et librement leur indispensable rôle de quatrième pouvoir ;
  • Mettre fin aux arrestations des journalistes et aux suspensions arbitraires des médias en confiant à un organe de régulation indépendant l’exclusivité des prérogatives de sanctions et en sensibilisant les forces de sécurité et acteurs du monde judiciaire aux droits et devoirs des journalistes ;
  • Mettre en place un mécanisme national de protection des journalistes doté des moyens et des relais dans les différentes institutions afin que les exactions commises contre les professionnels du secteur ne restent pas impunies ;
  • Mettre fin à l’impunité des crimes commis contre les journalistes en relançant les enquêtes sur les journalistes assassinés pendant la période de l’ancien régime.