RDC : à Munigi, les locaux d’une radio transformés en bureau de renseignement de l’AFC/M23 et en lieu de détention

Les locaux de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke (RTNM), situés à Munigi, dans les environs de Goma, au Nord-Kivu, ne servent plus à informer la population. Fermés depuis janvier 2025, après la prise de contrôle de la région par l’AFC/M23, ils seraient désormais occupés par les services de renseignement du mouvement armé et utilisés comme lieu de détention temporaire de civils.

Selon une enquête publiée ce 3 septembre par Reporters sans frontières (RSF), les anciens locaux de cette radio privée, inaugurée en 2021, sont occupés depuis l’été 2025 par la Direction des services de renseignement de l’AFC/M23. Quatre témoignages recueillis par l’organisation, dont ceux de deux anciens détenus, font état de détentions et de violences commises dans l’enceinte même du média.

Des studios transformés en lieu de détention

D’après les témoignages rapportés par RSF, certains espaces autrefois consacrés à la production radiophonique auraient été transformés en cellules de détention.

Un habitant de Goma, identifié sous le prénom d’emprunt « David », affirme avoir été arrêté en septembre 2025 avant d’être conduit dans les locaux de la RTNM. Il dit y avoir été frappé et détenu pendant deux jours dans une pièce utilisée comme cachot, avant son transfert vers les services provinciaux de l’Agence nationale de renseignement (ANR), communément appelés « Chien Méchant ».

Un autre témoin, identifié sous le prénom « Stanley », rapporte avoir connu un traitement similaire au printemps 2026. Il affirme avoir été interrogé et violenté en raison de soupçons concernant ses liens avec les Wazalendo, des groupes armés alliés aux forces armées congolaises. Selon son récit, il aurait passé près d’une semaine dans une pièce avec trois autres personnes et n’aurait reçu qu’un repas par jour.

RSF indique par ailleurs avoir consulté des photographies prises en juillet 2026 montrant toujours le logo de la RTNM à l’entrée de la concession.

Une radio fermée après la prise de contrôle de la région

La RTNM avait cessé d’émettre en janvier 2025, quelques jours après la prise de contrôle de la ville de Goma et de plusieurs territoires du Nord-Kivu par l’AFC/M23.

Selon un ancien journaliste de la station cité par RSF, les membres du mouvement armé avaient auparavant exercé des pressions sur la rédaction afin qu’elle reprenne ses activités. La radio a finalement été fermée et vidée de ses équipements.

La directrice de la station aurait, selon les informations recueillies par RSF, été interpellée et violentée en août 2025. Quelques jours plus tard, les clés des locaux auraient été réclamées par l’administrateur du territoire nommé par l’AFC/M23.

Depuis, l’espace autrefois consacré au journalisme serait passé sous le contrôle des services de renseignement du mouvement.

JED alerte sur les conséquences pour la liberté de la presse

Pour Journaliste en danger, la transformation de locaux appartenant à un média en installation de renseignement et en lieu présumé de détention constitue un signal particulièrement préoccupant pour la liberté de la presse et la sécurité des professionnels des médias.

Les médias doivent pouvoir exercer leur mission d’information dans un environnement libre, indépendant et sécurisé. L’occupation ou la confiscation de leurs infrastructures, de même que les intimidations, arrestations et violences visant les journalistes, compromettent directement le droit du public à une information libre et pluraliste.

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions imposées aux médias dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23. RSF rapporte notamment que des directives ont été adressées aux médias de Bukavu depuis février 2025, avec des restrictions concernant notamment la diffusion de propos des autorités congolaises et d’informations considérées comme négatives à l’égard du M23. Le 19 août 2026, les « émissions politiques » ont également été interdites à Bukavu.

JED appelle les autorités compétentes et les acteurs impliqués dans le conflit à garantir la protection des journalistes et des médias, à mettre fin aux actes d’intimidation et aux détentions arbitraires, et à préserver l’intégrité des infrastructures médiatiques.

La liberté de la presse ne peut être préservée que si les journalistes, leurs sources, leurs équipements et leurs lieux de travail sont protégés.

Source principale : enquête de RSF publiée le 3 septembre 2026. Reporters sans frontières

Related posts